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Miroir mon beau miroir

Auteur : Winding Refn, Nicolas
Editeur : Wild Side Video
Publié : 2016
Type de document : Vidéo et document projeté
Cote : vetp neo
Résumé : Une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s'inclinent devant elle, d'autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté.

On constate que de nombreux films et séries américaines se concentrent désormais sur des personnages de femmes. Pas des femmes dépendantes des hommes, ceux-ci sont d'ailleurs relégués au second plan. Non, il s'agit de femmes modernes qui doivent se battre pour elles-mêmes dans le monde contemporain qui est le nôtre où la compétition règne et où le désespoir menace. Ces femmes peuvent être présentées comme des alliées mais aussi souvent comme des rivales.

Des coups de cœur précédents sur ce site ont déjà relevé cette tendance. Je pense à Mad Max Fury Road et à la série Girls. On pourrait évoquer également Passion de Brian de Palma et aussi Mulholand Drive de David Lynch où le glamour, l'érotisme et le narcissisme sont des ingrédients prépondérants à l'esthétique et à la narration.

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The Neon Demon est une œuvre qui s'inscrit dans ce registre de façon là aussi tout à fait singulière. Dès le début, le style est ostensible: une image extrêmement léchée, une posture de femme et un décor également très stylisés, une musique électronique très présente et une touche gore ou horrifique très significative qui d'emblée nous interpelle. La scène inaugurale est comme un tableau et on comprend que le film est mû par une énergie conceptuelle. Le film traite frontalement des ravages consécutifs au culte de l'apparence dans le monde de la mode.

Si ce culte et ses dérives, mais aussi toute l'esthétique du film sont associés aux années 80, il me semble que le réalisateur danois Nicolas Winding Refn l'aborde de façon plus universelle sous un angle métaphorique. Il exprime par là ce que signifie pour lui le cinéma et plus généralement l'art : un mouvement créatif innovant et moderne qui doit bousculer une esthétique figée.

The Neon Demon se distingue par le style propre au réalisateur. Mais en même temps sont évoqués les univers d'autres films. Outre ceux déjà nommés, on pense à celui, baroque, de Dario Argento, et en particulier à Suspiria et aux Frissons de l'angoisse, à 2001 L'Odyssée de l'espace de Kubrick et au plus récent Spring Breakers d'Harmony Korine où des jeunes femmes aux ambitions futiles animaient déjà le propos. The Neon Demon apparait comme un film de genre. Mais il est en fait à la frontière de plusieurs genres, mélodrame inclus, ce qui en fait une véritable œuvre de création inspirée, un film fascinant, qui quoique l'on en pense ne laisse pas indifférent. C'est ce que souhaite le réalisateur : marquer les esprits et les sensibilités.

NWR, Liv Corfixen (son épouse) et les actrices Elle Faning & Jena Malone

Si l'on excepte le compositeur Cliff Martinez, collaborateur essentiel du réalisateur depuis Drive (et qui signe aussi la musique de Spring Breakers), ce sont des femmes qui ont entouré Nicolas Winding Refn pour la conception du film. Outre Elle Faning, magnifiée par la caméra, et les autres interprètes féminines, dont Abbey Lee, actrice dans Mad Max et ex-mannequin (expérience qui fut utile pour le réalisateur), on peut citer la directrice de la photographie argentine Natasha Braier et les scénaristes Polly Stenham et Mary Laws. Les femmes sont bien de plus en plus présentes dans le processus de création cinématographique, et cette mixité contribue à offrir des horizons nouveaux.

Guy Desbouillons - Février 2017

PS Tous les films cités sont empruntables en DVD à la médiathèque