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Un amour au coeur d'un carnet de comptes

Auteur : Frain, Irène
Editeur : Seuil
Publié : 2015
Type de document : Texte
Cote : r fra mar
Résumé : Le 4 novembre 1911, un journal parisien à grand tirage livre à l'opinion cette nouvelle extravagante : Marie Curie a un amant. A l'époque, Pierre, son mari, le savant avec lequel elle a eu son premier prix Nobel en 1903, est mort depuis cinq ans. Mais Marie a le tort d'être femme, d'être célèbre, d'être une étrangère (elle est d'origine polonaise), d'être juive à en croire certains de ses pourfendeurs (ce qui n'est pas le cas). Comme le capitaine Dreyfus vingt ans plus tôt, il faut l'abattre. Et peu importe que la célèbre veuve, qui s'apprête à recevoir son deuxième prix Nobel, soit une icône de la science mondiale. Son amant, c'est Paul Langevin, ami d'Einstein, lui aussi savant d'exception, familier des Curie aux temps héroïques. Mais Paul est marié. Et l'adultère excite la presse à scandale. Pour percer le secret qui attacha si fort Marie Curie à cet homme, au risque d'y perdre sa réputation et d'y laisser la vie, Irène Frain a interrogé des lieux méconnus, des archives négligées, des photos oubliées. Et c'est une bouleversante et inédite histoire d'amour qu'elle nous donne à lire dans ce thriller médiatique d'une terrible modernité.

Frain, Irène, Marie Curie prend un amant,  Seuil, 2015

J’ai le souvenir d’avoir été éblouie par la belle biographie de Marie Curie par sa fille Eve Curie et j’ai été intriguée par ce titre sous la plume d’Irène Frain. Il s’agit d’une biographie qui s’intéresse au scandale médiatique qui a éclaté 1911 à propos d’une liaison entre Marie Curie et Paul Langevin. Deux grands scientifiques, unis à la fois par leurs travaux et  leurs recherches  et qui, quatre ans après la mort de Pierre Curie, vont être liés par le cœur.

L’originalité de ce livre tient dans l’origine de sa documentation. Parmi les « archives Curie »  conservées à la bibliothèque nationale, des carnets de comptes ont attiré l’attention d’Irène Frain.  Une documentation austère à première vue mais qui pourtant tend à l’écrivain le miroir de l’étonnante métamorphose d’une veuve encore jeune en amoureuse passionnée. Marie Curie, scientifique de premier ordre, future lauréate en 1911 du Prix Nobel de chimie, va éprouver à la fois les élans de l’amour, la souffrance de ne pouvoir vivre avec l’être élu - marié et persécuté par sa femme - ; elle va subir quasiment seule le déchaînement de la presse, portant sur la place publique des lettres très personnelles, instruisant contre elle à charge, inventant des rebondissements au fil de la plume des journalistes mal intentionnés. Mais Marie une femme de caractère et de courage qui se dresse muette contre les atteintes à sa réputation, à son nom de jeune fille dont l’origine étrangère est plus que soulignée. Des manifestations hostiles dignes de l’Affaire Dreyfus provoquées et attisées par l’Action française, l’Oeuvre, Le Petit Parisien !

Un livre intéressant qui montre qu’il n’y a pas si longtemps la condition des femmes – fussent-elles des génies -  n’avait rien d’enviable. C.G.