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Centenaire de la naissance d'Orson Welles

Auteur : Welles, Orson
Editeur : Films Sans Frontieres
Publié : 1955
Type de document : Vidéo et document projeté
Cote : vinc mra
Résumé : Mr Arkadin, richissime marchand d'armes, prétend être devenu amnésique et engage un aventurier sans scrupules pour qu'il l'aide à retrouver les témoins de son passé. a mesure que ces derniers éclairent l'enquêteur sur les activités d'Arkadin, avant qu'il ne devienne un magnat tout-puissant, ils sont assassinés...

La médiathèque célèbre ce 6 mai 2015 le centième anniversaire de la naissance d'Orson Welles en présentant côté DVD trois nouvelles acquisitions, dont Mr Arkadin (sorti à l'époque sous le titre Confidential report - Dossier secret en France). Film relativement méconnu, car sans doute un peu déroutant, et parce que sorti initialement avec un montage effectué sans l'accord du cinéaste, il se révèle fascinant. D'autant plus que la version proposée ici est la plus proche de celle souhaitée par Orson Welles.  Le style du cinéaste est identifiable dans chaque plan : cadrages hors-normes, jeu "outré" des acteurs, narration étourdissante, rythme trépident, inventivité permanente de la mise en scène. Avec une approche totalement baroque, le film montre une Europe encore déstabilisée par la guerre et ses conséquences, avec une perte des valeurs morales. Mr Arkadin (interprété par Orson Welles) est un trafiquant d'armes qui a travaillé pour les nazis et qui manipule son entourage, et les autres personnages sont des arrivistes sans scrupules.

Cette oeuvre, empreinte d'une folie singulière, est inspirée à la fois de l'univers de Shakespeare, des contes, des récits d'aventures et des thrillers. Les conditions de sa réalisation n'ont pourtant pas été simples. En effet, après l'échec de Macbeth, sorti en 1948, Orson Welles n'a plus la confiance d'Hollywood et ses deux projets suivants, Othello et Mr Arkadin, sont produits dans des conditions difficiles. Les tournages se déroulent dans plusieurs pays sur une durée prolongée. Et pourtant ces films regorgent de vitalité et d'idées, comme si les épreuves et les pérégrinations du cinéaste avaient décuplé son énergie et sa bravoure.  Il est intéressant de souligner que sa réalisation suivante, La soif du mal, se déroule à nouveau à Hollywood et revêt une tonalité plus sombre. La mélancolie est également présente dans les films toutefois passionnants qu'il revient tourner en Europe dans les années 60, à savoir Le Procès (The Trial), d'après Kafka, et Falstaff (Chimes at midnight), d'après Shakespeare (tous deux désormais empruntables à la médiathèque, cliquer sur les images ci-dessous).

 

On garde en mémoire cette image surréaliste qui ouvre et qui clôt Mr Arkadin, celle d'un avion de tourisme qui poursuit son trajet alors que son pilote a disparu. Comme un pied de nez à ces financiers producteurs vis à vis desquels Orson Welles, éternel Maverick*, se positionnerait de façon poétique avec hauteur, et, au-delà de sa fragilisation, éternellement insaisissable. Il avait d'ailleurs déclaré : "Je combats pour le cinéma universel comme un géant dans un monde de nains". 

Guy Desbouillons - 6 mai 2015

* Le terme Maverick est utilisé pour caractériser certains cinéastes francs-tireurs par rapport à Hollywwod