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Le chef d'oeuvre de François Truffaut ?

Auteur : Truffaut, François
Editeur : Tf1 Video
Publié : 1971
Type de document : Vidéo et document projeté
Cote : vfd deu
Résumé : Au début du siècle, Claude rencontre Anne, une jeune anglaise de passage à Paris. Elle lui présente sa soeur, Muriel, à qui elle le destine. Mais les familles imposent aux jeunes gens un an de séparation. C'est l'époque où Claude à d'autres aventures...

Seconde adaptation, après Jules et Jim* d'un roman de Henri-Pierre Roché, Les Deux anglaises et le continent, boudé par le public à sa sortie en 1971, est certainement l'un des plus beaux films de François Truffaut. La version présentée à l'époque est tronquée et le cinéaste en remonte une définitive en 1984, plus conforme à ses souhaits. C'est cette dernière qui est proposée en DVD. Jean-Pierre Léaud interprète pour la première fois chez François Truffaut un personnage autre qu'Antoine Doinel, cette fois plus en retenue, plus égoïste. Truffaut sort alors d'une grave dépression suite à la rupture de sa relation avec Catherine Deneuve, dont la sœur Françoise Dorléac, qu'il a également aimée, est morte quelques années plus tôt dans un accident de voiture. Or Les Deux anglaises et le continent parle de la circulation difficile du désir entre un jeune parisien qui voudrait devenir écrivain et deux sœurs du Pays de Galles elles aussi au profil artiste en devenir. L'amour est ici constamment contrarié et même si les protagonistes sont toujours filmés en mouvement, d'un pays à l'autre, les situations stagnent souvent.  Le personnage de Deneuve disait dans La Sirène du Mississipi* que le fait de regarder son amant était à la fois "une joie et une souffrance".  Les Deux anglaises et le continent traite plutôt de la souffrance, de la douleur de l'éloignement et du désir contenu, de la fusion des corps puis de leur séparation. Truffaut disait qu'il avait voulu réaliser non "pas un film sur l'amour physique, mais un film physique sur l'amour". Peut-être n'a t'il jamais été aussi personnel, autant dans l'intime, avec un mélange de pudeur et d'impudeur mêlés. Le ton est romanesque et nostalgique, entretenu à la fois par la voix-off de Truffaut lui-même, par les ouvertures et fermetures de séquences à l'iris comme cela se faisait dans le cinéma muet, et par la lumière du chef opérateur Nestor Alemdros faite de contrastes entre obscurité et lumière. Truffaut montre particulièrement avec ce film ses qualités de conteur. On est loin du style académique français, et le cinéaste est à mes yeux plus intéressant  -désolé pour Le Dernier métro- quand il est dans cette gravité empreinte de sensibilité. Un film bouleversant, proposé en octobre 2014 en nouveauté, à l'occasion du trentième anniversaire de la mort du cinéaste.

G.D. Octobre 2014

PS A noter que le cinéaste Arnaud Desplechin, grand admirateur de ce film, fera tourner Kika Marham, l'une des deux anglaises, dans son film Esther Kahn (film prêté par la M.D.O., actuellement disponible à la médiathèque ou ultérieurement à réserver).

*Films proposés en dvd à la médiathèque