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Lecture, amour et cie

Auteur : Didierlaurent, Jean-Paul
Editeur : Au diable Vauvert
Publié : 2014
Type de document : Texte
Cote : r did lis
Résumé : "Peu importait le fond pour Guylain. Seul l'acte de lire revêtait de l'importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écoeurement qui l'étouffait à l'approche de l'usine." Guylain Vignolles est préposé au pilon et mène une existence maussade et solitaire, rythmée par ses allers-retours quotidiens à l'usine. Chaque matin en allant travailler, comme pour se laver des livres broyés, il lit à voix haute dans le RER de 6h27 les quelques feuillets qu'il a sauvés la veille des dents de fer de la Zerstor 500, le mastodonte mécanique dont il est le servant. Un jour, Guylain découvre les textes d'une mystérieuse inconnue qui vont changer le cours de sa vie... Dans une couleur évoquant le cinéma de Jean-Pierre Jeunet ou la plume ouvrière de Jean Meckert, Jean-Paul Didierlaurent signe un premier roman qui nous dévoile l'univers d'un écrivain singulier, plein de chaleur et de poésie, où les personnages les plus anodins sont loufoques et extraordinaires d'humanité, et la littérature le remède à la monotonie quotidienne.

Selon le Petit Robert, un « liseur » est une personne qui lit beaucoup alors que le lecteur est une personne qui lit, sans précision de quantité. Mais la particularité de Guylain, le liseur du RER de 6h27, réside surtout dans le fait qu’il lit des feuilles éparses, sans liens entre elles. Il passe d’un extrait du dernier Goncourt à une recette de cuisine, des paragraphes d’un polar à la page d’un documentaire sur la vie des insectes. Cette lecture originale séduit malgré tout son auditoire (les voyageurs du RER) qui l’écoute religieusement.

Les romans ayant pour thème la lecture, les libraires, les bibliothécaires et les écrivains sont déjà légion sur nos étagères : « Chut ! » de Jean-Marie Gourio, « La liseuse » de Paul Fournel, « Le principe de Pauline » de Didier Van Cauwelaert… la liste est longue et j’avoue que la lectrice que je suis se laisse facilement séduire par ce genre d’ouvrages, les livres qui parlent des livres. Avec « Le Liseur du 6h27 », le livre est présenté sous un nouvel angle puisqu’il se trouve pilonné ! Tel est le triste destin de certains livres, ils finissent leur vie dans une machine épouvantable qui broie, hache, malaxe et réduit sans pitié en pâte à papier des tonnes d’ouvrages chaque jour : la description de cette machine par Jean-Paul Didierlaurent est un morceau d'anthologie! Pour échapper à ce travail mortifère, Guylain se console en sauvant précieusement des dents de la machine quelques feuilles qu’il lit chaque matin dans le RER et en partageant sa pause de midi avec le gardien de l’usine, poète à ses heures. Sa rencontre avec Monique et Josette, résidentes d’une maison de retraite, va mettre un peu de couleur dans sa vie grise et monotone ; puis la découverte d’une clé USB dans le RER va lui offrir d’abord du rêve et enfin un avenir ensoleillé.

Les personnages attachants de ce roman nous conduisent doucement vers une happy end prévisible et nous procurent ainsi quelques heures de tendresse… Une histoire dans la veine de « La Liste de mes envies » ou de l’univers de Marie-Sabine Roger, non dénuée d'humour, qui donne envie de sourire et de croire au bonheur. Et qui remet à l’honneur la lecture à voix haute, ce qui n’est pas pour me déplaire !

NLB