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Nul ne guérit de son enfance ?

Auteur : Bruckner, Pascal
Editeur : Grasset & Fasquelle
Publié : 2014
Type de document : Texte
Cote : 848.03 bru unb
Résumé : C'est l'histoire d'un enfant à la santé fragile, né après guerre et envoyé aussitôt dans un village d'Autriche pour soigner ses poumons. Sous la neige, il chante la gloire de Dieu et baragouine un patois allemand. Chaque soir, sous le regard aimant de sa mère, le chérubin prie le Seigneur pour qu'il provoque la mort de son père. Rien de plus difficile que d'être père : héros, il écrase de sa gloire ; salaud, de son infamie ; ordinaire, de sa médiocrité : le père est ici un mari violent et pervers qui bat sa femme et l'humilie, un obsessionnel antisémite et raciste, dont le fils va tout faire pour devenir le contre-modèle (Je suis sa défaite). Il sera l'élève de Jankélévitch et de Barthes, le meilleur ami d'Alain Finkielkraut ; classé parmi les intellectuels juifs auxquels il s'identifie sans l'être, il aimera des femmes aux racines lointaines, sera un père aimant, un écrivain reconnu. Dans ce récit puissant, véritable roman des origines,  Pascal Bruckner raconte sa filiation personnelle et intellectuelle, nous offrant ainsi le sésame de son oeuvre entière. De la neige des premières pages aux ordures parmi lesquelles son père finira son existence, de la violence de ses mots à la rage teintée d'amour qu'il lui portera, on retrouve ici le théâtre de la cruauté d'un écrivain, incarné et expliqué par son acteur central, ce nazi pathétique, écolo fanatique,  Ogre colérique,  Petit mari aux côtés duquel, malgré tout, Pascal restera toujours, en Bon fils. Car derrière le mépris, la rage, ce récit est l'aveu à demi-formulé d'un amour impossible, un Tombeau d'effroi et de pardon.

Nul ne guérit de son enfance disait Jean FERRAT. Pascal BRUCKNER, dans ce roman souvenirs, nous prouve le contraire lui qui a hérité d'une figure paternelle peu réjouissante. D'origine allemande, Pascal est envoyé à l'àge d'un an en Autriche dans un sanatorium. La bàs, il cultive la haine de son père qui tout au long de sa vie, a fait régner la violence physique, la terreur morale sur sa famille notamment sur sa femme (épouse ultra docile) et sur Pascal son fils unique. De plus, cet homme est un "pro nazi assumé" pour qui "le STO reste la plus belle partie de son existence". Rapidement, Pascal n'aura qu'une envie : réussir pour devenir le contraire de ce père destructeur et autodestructeur. Malgré tout, Pascal BRUCKNER accompagnera ses parents et notamment son père dans ses problèmes de santé jusqu'à sa mort.

Pascal BRUCKNER réussit le tour de force de nous livrer ses souvenirs d'enfance bouleversants sans violence de style, ni rancoeur vis à vis de son père car d'abord et avant tout, ce livre est le récit d'un amour familial improbable et indéniable. Grâce à son envie farouche de "tuer le père" au sens propre et au sens figuré, Pascal BRUCKNER a réussi une très belle carrière de romancier, et nous montre qu'une enfance malheureuse n'est pas forcément synonyme d'une vie d'adulte similaire.  S.D.