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La première phrase

Auteur : Duroy, Lionel
Editeur : Julliard
Publié : 2016
Type de document : Texte
Cote : r dur abs
Résumé : Parce que sa femme l'a quitté, Augustin se voit contraint de vendre la maison où ils se sont aimés, où ils ont élevé leurs enfants et où il a toujours pu se consacrer à l'écriture. Le jour du déménagement le crucifie. Incapable de supporter ce spectacle, il entasse fiévreusement dans le coffre de sa voiture les objets dont il ne peut se passer et s'enfuit. Expulsé de lui-même, hors de lui au sens littéral du terme, il se lance alors dans une course affolée, en quête du moyen d'apaiser cette angoisse qui le dévore. Il parcourt ainsi la France à la recherche d'un repère, d'un lieu où se réfugier. Tandis qu'il roule et fouille dans ses souvenirs devenus des cendres illisibles, l'image de sa mère s'impose insensiblement, cette femme tant haïe, que l'expulsion de son bel appartement de Neuilly avait précipité dans la folie un demi-siècle plus tôt. Serait-il en train de vivre le même effondrement ? Augustin court, roule. Il traverse des paysages, bute en aveugle sur les personnages que le hasard place sur sa route, rencontre une femme qui le poursuit d'hôtel en hôtel. Puis il endosse une fausse identité et se fait embaucher comme ouvrier dans le château familial, près de Bordeaux, celui-là même où sa mère a grandi. Egaré, furieux, magnifique et désespéré, Augustin s'acharne à reconstituer l'histoire de cette femme qu'il aura fuie toute sa vie, et enterrée sans une larme. A mesure qu'il comble certaines énigmes, son regard sur elle finit par s'humaniser… Mené d'un train d'enfer à la manière d'un extravagant road movie, ce nouveau roman aux accents burlesques redessine avec une invention rare l'univers singulier que Lionel Duroy explore depuis de longues années.

Augustin, l’écrivain-narrateur déjà rencontré dans les précédents romans de Lionel Duroy (« Vertiges », « Echapper »…) nous entraîne dans une quête aux buts multiples : chercher un endroit où se poser, chercher des détails précieux dans la masse de ses souvenirs, chercher l’inspiration pour commencer un nouveau livre. Au fil du périple et des questions qu’il se pose, Augustin change de destination, d’idée, de projet, et que ce soit en voiture ou en vélo, nous voilà obligés de le suivre, tant notre curiosité est vive de connaître la fin du voyage.

Finalement, cette quête va le mener à sa mère qu’il a profondément détestée et dont il essaye, des années après sa mort, de comprendre la folie, l’échec, la mélancolie. Mais cette quête va le mener également à un nouveau livre, et si l’on peut suivre son itinéraire de ville en ville sur une carte routière, on suit également la naissance du prochain roman d’Augustin : « Il sait qu’il n’écrira rien tant qu’il n’aura pas la première phrase et que celle-ci lui tombera toute construite, comme un cadeau du ciel tandis qu’il pédalera furieusement, ou le matin en ouvrant les yeux. Il a toujours su qu’il tenait le livre quand il en découvrait la première phrase, comme si les milliers de mots à venir se pressaient en elle. Mais quelle phrase pourrait contenir l’épais mystère de la mère ? » (P 105)

L’écriture et la littérature tiennent une place de choix au fil des pages : les réminiscences littéraires d’Augustin, ses auteurs de prédilection, la rage de l’écriture : « Dans un monde à feu et à sang, la seule position tenable n’est-elle pas de se réfugier dans une soupente et d’écrire sur ce monde, sur ce que ce monde nous inspire ? » (P 347)

Continuez de vous réfugier dans une soupente, monsieur Duroy, et d’écrire sur ce que le monde vous inspire. Même si nous savons parfaitement que c’est en vous-même que se trouve la source principale de votre inspiration, que le monde qui vous entoure vous importe moins que votre passé, qu’il ne vous suffirait pas de mille livres pour éparpiller vos vieux démons, consoler le chagrin de votre enfance, contenir vos souffrances familiales. Et si nous, lecteurs, en redemandons, sans doute est-ce parce que nous apercevons furtivement entre les lignes quelques petits cailloux qui ressemblent à ceux qui jonchent nos vies.

NLB